03 Avril 2007
 
Liberté de la Presse:
La Fédération internationale du rugby place ses intérêts commerciaux avant la liberté de la presse

Un ancien responsable du rugby a appelé la Fédération Internationale de Rugby (IRB) à abandonner les restrictions placées sur la couverture de la Coupe du Monde 2007, disant que la fédération "tente de manière indécente de s'ingérer dans la collecte et la publication d'informations dans la course au dollar à court terme."

David Rutherford, l'ex-directeur exécutif de l'Union néo-zélandaise du rugby, a adressé une lettre ouverte aux conseillers de l'IRB, où il prend position pour la presse mondiale dans le litige qui l'oppose à la fédération, qui cherche à limiter la couverture photographique sur les sites web et les autres plates-formes numériques et à s'ingérer dans la façon dont les journaux utilisent les photos dans leurs éditions imprimées. Selon lui, ces restrictions sont contraires à la liberté de la presse mais aussi aux intérêts commerciaux à long terme du rugby et de ses sponsors.

Une copie de cette lettre a été adressée à l'Association Mondiale des Journaux qui, avec une coalition d'agences de presse internationales, notamment l'Agence France-Presse, The Associated Press, Reuters et Getty Images, a demandé à l'IRB de supprimer les limites imposées sur la couverture de la Coupe du Monde, prévue en France, en septembre prochain. Pour lire intégralement la lettre, allez sur www.wan-press.org/article13653.html.

"L'AMJ ne cherche visiblement qu'à protéger les droits de ses membres à collecter et à diffuser les informations", a dit M. Rutherford, qui estime que ces restrictions entrent en violation avec la liberté de la presse, qu'il a qualifiée "d'un des droits humains les plus fondamentaux."

"Le fait que des organisations comme l'IRB font fi des principes des droits de l'homme dans la course aux dollars porte atteinte au rugby en tant que sport autant que l'usage de produits dopants", a-t-il estimé. "Une telle attitude dessert la démocratie dans les nations qui pratiquent le rugby et nuit à l'éthique et aux valeurs fondamentales du sport, dans le rugby en particulier."

"On doit trouver un équilibre entre le désir compréhensible de l'IRB d'optimiser ses revenus et le droit démocratique des entreprises de médias à collecter les informations", a-t-il souligné.

L'IRB a sévèrement limité la publication des photos de la Coupe du Monde sur Internet, y compris sur les milliers de sites web de journaux, à cinq clichés au maximum par mi-temps et à deux photos pour les prolongations. Elle a également introduit des restrictions éditoriales sur la façon d'utiliser les photos dans les éditions imprimées - interdisant la pratique habituelle qui consiste à superposer les grands titres et les légendes sur les photos s'ils masquent la publicité dans l'image, par exemple - et limité drastiquement le contenu audiovisuel diffusé sur les sites web et les téléphones mobiles.

Ces restrictions sont imposées comme condition d'accès à la Coupe du Monde et les entreprises de média sont tenues de les accepter avant d'obtenir l'accréditation nécessaire pour couvrir ces événements. Elles risquent l'expulsion et des poursuites judiciaires si elles n'observent pas ces règles.

L'IRB prétend avoir besoin de ces restrictions sur les photos pour protéger ses contrats commerciaux avec les licenciés qui paient pour pouvoir retransmettre les matchs en direct.

Mais selon M. Rutherford ces restrictions affectent, au lieu de servir, les intérêts commerciaux du rugby mondial.

"La position actuelle de l'IRB est mauvaise tant pour la popularité du jeu que pour les partenaires commerciaux du jeu professionnel et amateur, car elle conduira les entreprises de médias à réduire ou marginaliser la couverture du rugby amateur et professionnel, à cesser de publier les résultats et les tirages gratuitement, et à réduire la quantité d'espace réservée au rugby à quinze dans les médias par rapport aux autres sports", a-t-il observé. "Dans les petits endroits, où les rédacteurs en chef permettent d'utiliser les noms des sponsors dans la couverture locale et provinciale du rugby, car ils comprennent l'importance de ces sponsors pour le jeu, attendez-vous à ce que ces faveurs prennent fin."

Il a cité une récente étude mondiale qui conclut que les entreprises de presse sont "la meilleure agence publicitaire" pour les principaux sports professionnels.

"Cette étude montre que la couverture des grands sports professionnels par les médias domine complètement la couverture sportive. Dans un ou deux pays seulement, le rugby est le sport professionnel numéro un ou deux. Il court donc toujours le risque d'être marginalisé, même au niveau professionnel. Cela n'est peut-être pas vrai une fois tous les quatre ans, au moment de la Coupe du Monde de Rugby, mais c'est vrai tous les autres jours de l'année où on joue rugby", a-t-il observé.

"Le moment est venu de réaliser que les médias étaient avec nous quand nous n'étions pas professionnels et qu'ils sont à nos côtés à présent et que l'information reste l'information, quel que soit son mode de transmission", a-t-il poursuivi. "On peut préserver les revenus du jeu tout en protégeant le droit des médias à collecter et à diffuser les informations sur le rugby. Mais plus important encore, le rugby peut être plus rentable commercialement s'il ne suit pas les sports qui ont sacrifié les valeurs démocratiques et leurs propres traditions et principes au dollar."

M. Rutherford était le directeur exécutif de l'Union néo-zélandaise du Rugby de 1999 à 2002. C'est un avocat spécialisé dans la compétition européenne et australienne, les droits de l'homme et les lois en matière d'emploi dans le domaine sportif. Il s'intéresse plus particulièrement aux lois de la compétition, des médias et d'Internet ainsi qu'aux lois sur les droits de l'homme, qu'il appelle "les lois de la compétition pour le peuple."

Pour plus d'informations sur le litige entre l'AMJ et l'IRB, visitez www.wan-press.org/article13481.html.

L'AMJ, l'organisation mondiale de l'industrie de la presse, qui est basée à Paris, représente 18.000 journaux. Elle regroupe 76 associations nationales d'éditeurs, des journaux et des directeurs de journaux dans 102 pays, 12 agences de presse et 10 organisations de presse régionales et internationales.

Pour toute question, contactez : Larry Kilman, Directeur de la Communication, AMJ, 7 rue Geoffroy St Hilaire, 75005 Paris France. Tél : +33 1 47 42 85 00. Fax : +33 1 47 42 49 48. Portable : +33 6 10 28 97 36. E-mail : lkilman@wan.asso.fr