30 Mars 2007
 
La Voix des Éditeurs:
Un féminin pluriel pour les arabo-canadiens

C'est au lendemain des attentats du 11 septembre que Khadija Darid, canadienne d'origine marocaine vivant depuis 18 ans au Québec, décide de lancer un magazine destinée à une communauté arabophone dont l'image est alors bien ternie.En juin 2002, paraît le premier numéro de Femmes Arabes, un bimestriel dont cette diplômée en littérature qui siège notamment au conseil d'administration de l'Association des éditeurs de magazines du Québec, assure la direction. Cinq ans après ce lancement, APN a cherché à en savoir plus sur la vie et les défis d'un journal destiné à une minorité ethnique.

APN : Comment présenteriez-vous Femmes Arabes ?
KD : Femmes Arabes est le seul magazine féminin arabe en Amérique du Nord. Il s'adresse aux Québécoises d'origine arabe. Il est tiré à 5000 exemplaires. Notre objectif d'ici 2008 est de doubler ce tirage. Nous sommes deux employés permanents et plusieurs bénévoles ou stagiaires de l'Université. Femmes Arabes n'est disponible que sur abonnement.
C'est une publication bilingue (arabe-français) indépendante dont les principaux objectifs sont de promouvoir et de défendre les intérêts et droits des Québécoises d'origine arabe, d'informer la société québécoise des réalisations, des valeurs, des us et coutumes de cette population issue de l'immigration.
Le magazine s'est donné également comme mission de lutter contre toutes les formes de violence, de discrimination, de marginalisation ou d'exclusion à l'égard de la communauté d'origine arabe toutes confessions confondues.

APN : Pourquoi le choix d'un support bilingue ?
KD : Pour rejoindre un lectorat de plus en plus nombreux de femmes qui ne parlent ni le français ni l'anglais. Grâce à Femmes Arabes, elles peuvent avoir accès à une information pratique. Ceci étant beaucoup d'hommes s'abonnent en disant dans un sourire que c'est pour nous encourager. Environ 30% des abonnements sont masculins.

APN : Au terme de cinq années d'existence quels sont les défis auxquels est confronté Femmes Arabes ?
KD : Vendre de la pub reste un énorme problème quand on est un petit magazine ethnique qui se veut tout de même de grande qualité. Nous vivons des abonnements (25%), de la publicité (25%) et d'organisation d'événements à l'instar de Trophées Femmes Arabes du Québec et Caftans Montréal qui nous rapportent 50% de notre chiffre d'affaires.
Nous ne sommes pas présent dans les kiosques car la concurrence québécoise est très rude. Deux groupes dinosauresques, Québecor et Transcontinental, détiennent le monopole et la concurrence américaine est féroce. Ils ont les moyens de s'offrir les premières loges dans les kiosques et de les envahir. Notre magazine était toujours au fond, derrière les autres, invisible. De plus, ces géants se payent de la pub à la télévison, sur les ondes des radios, des affiches, etc pour soutenir leurs ventes. Femmes Arabes ne se vendait pas du tout en kiosques, les gens ne le voyaient pas et ne savaient même pas qu'il existe. Par contre nos événements promotionels ont été beaucoup plus payants en termes de visibilité.


APN : Comment est née l'idée de ce magazine ?
KD : L'idée est née après le marasme créé au sein de la communauté par les événements du 11 septembre. Femmes Arabes se veut un espace de dialogue et d'échanges pour les femmes issues de l'immigration arabe. Ceci en vue de soutenir leurs droits à une intégration saine et harmonieuse. L'idée étant de leur proposer des événements pour participer pleinement à la vie sociale dans leur nouveau milieu de vie et de casser les préjugés réducteurs sur la culture arabo-musulmane en démontrant à travers nos pages la multiplicité et la diversité de ses composantes.

APN : Estimez vous que Femmes Arabes a un rôle à jouer dans la société québécoise?
KD : Notre magazine offre aux femmes issues de l'immigration arabe l'occasion de développer leurs forces et leur capacité d'adaptation en ayant accès aux acteurs principaux de la société d'accueil. Des articles sont développés avec les commissions scolaires par exemple afin de mieux connaître le système éducatif québécois et de mieux comprendre les enjeux de l'implication parentale auprès des jeunes. Femmes Arabes s'inscrit plus largement dans une mixité conviviale. S'il fallait résumer notre concept nous dirions qu'il s'agit d'un espace transcendant les frontières et les cultures, un espace ouvert à la réflexion critique, à une démarche de compréhension et surtout à un besoin d'intégration. Femmes Arabes est un espace qui refuse les étiquettes et les paroles voilées.