15 Mars 2007
 
Éditorial et Contenu:
«La caricature est une arme à double tranchant», entretien avec Hana Hajjar, jeune dessinatrice de presse saoudienne

Hana Hajjar, 26 ans, est l'une des rares femmes dessinatrices de presse du monde arabe. Née en Arabie saoudite où elle a étudié les beaux-arts, elle collabore principalement avec le quotidien saoudien anglophone Arab News depuis bientôt deux ans. Chaque mois, 10 à 15 de ses dessins sont publiés dans ce journal, lancé en 1975 et distribué à 110 000 exemplaires. APN s'est entretenu avec cette jeune femme qui exprime ses opinions à travers ses dessins et considère son travail comme « un djihad intellectuel ».


APN : Comment êtes-vous devenue dessinatrice de presse ?

HH : Dès mon enfance, je me suis intéressée aux dessins de presse publiés dans les journaux et magazines. Au début, je pratiquais le dessin de presse plutôt comme un loisir, puis je me suis exercée en lisant, en pratiquant et en tirant partie du travail des autres. Ensuite, cette idée a fait son chemin et j'ai décidé de pénétrer ce monde très riche et plein de surprises. Je suis allée en Égypte, où j'ai rencontré le célèbre dessinateur de presse Saad Eddine Chahat lors de mon stage au journal Al Ahram. Finalement, j'ai choisi la branche la plus difficile de cette profession : les dessins sans commentaire qui s'appuient uniquement sur l'image pour véhiculer un message.


APN : Combien de dessins avez-vous publié ? Hormis Arab News, où peut-on voir vos dessins ?

HH : Cela fait maintenant plus de dix-huit mois que je publie dans Arab News. Je publie environ 10 à 15 dessins par mois. Certains magazines médicaux et culturels publient également mes dessins. J'ai par ailleurs crée un personnage qui s'appelle Kadbouna. C'est une fillette qui porte un regard critique sur la société arabe et notamment la manière dont on éduque les enfants. Grâce à elle, j'aimerais les aider au long de leur quête d'identité arabe. De même, j'ai le projet d'en faire un personnage de jeux éducatifs pour stimuler leur créativité.fathhamas.jpg


APN : Êtes-vous plutôt inspirée par les sujets politiques ou sociaux ?

HH : Mon premier dessin, alors que je n'étais qu'une enfant, thématisait la souffrance du peuple palestinien et appelait à l'arrêt des hostilités. Quand j'ai commencé à publier mes dessins, je me suis concentrée sur les questions de société sur lesquelles je portais un regard critique tout en essayant de proposer des solutions. Puis je me suis aperçue que je nourrissais un intérêt de plus en plus croissant pour la politique. C'est alors que j'ai publié certains de mes travaux dans Arab News. C'était ma propre façon de soutenir les nations qui souffraient de l'occupation et de la persécution.

Je ne veux pourtant pas me cantonner à certains domaines. Alors je travaille sur un grand nombre de thèmes à l'instar de la politique, l'économie, le sport et les questions qui sont profondément enracinées dans la société ou la sociologie en général.


APN : Comment expliquez-vous qu'il y ait peu de femmes dessinatrices de presse ?

HH : Il peut y avoir plusieurs raisons à cela. Les hommes ont monopolisé ce domaine dès ses débuts et, par tradition, c'est devenu leur pré carré. D'autre part, par nature, les femmes sont peu enclines à la confrontation. Je trouve pourtant ces raisons peu convaincantes. Elles ne devraient pas empêcher les femmes, guère en reste en termes de talent et d'idées créatrices, de rejoindre ce club.


APN : Dans vos dessins, vous avez critiqué les mauvais penchants de certains musulmans lors du Ramadan.  Tentiez-vous de faire passer un message ?

HH : Ces comportements n'ont rien à voir avec le jeûne. Le Prophète Mahomet (qu'Allah lui accorde paix et bénédiction) disait : « Jeûnez pour jouir d'une vie saine. » Le comportement de certains durant le jeûne - leur paresse, leur mauvaise ramadan.JPGhumeur ou leurs réactions disproportionnées - doit être dénoncé comme une mauvaise habitude.


APN : Y a-t-il des questions ou des sujets que vous préférez éviter?

HH : Dès les débuts de ma carrière de dessinatrice de presse, j'ai pris conscience des limites que je devais m'imposer. Ces limites sont exécutives et non pas intellectuelles parce que j'ai compris que la caricature peut être une arme à double tranchant. Nous entendons fréquemment parler de rédacteurs licenciés à cause d'une caricature. Je suis convaincue cependant que les dessins de presse reflètent la vie quotidienne des gens et les tendances nouvelles d'une société. En général, ce qui est interdit au journaliste l'est aussi pour le dessinateur. En outre, je ne m'abaisse pas à ridiculiser ni à dénigrer des valeurs ou la religion, pas plus que je n'utilise un langage obscène. Le dessin de presse est un art intelligent qui traite des problèmes qu'affrontent les gens.