01 Fevrier 2007
 
Gestion Financière:
Défis et opportunités dans le Kurdistan iraquien

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Dans un pays où le fait de travailler pour un média est devenu synonyme de menaces, d’enlèvement et d’assassinat, le Kurdistan iraquien reste une zone relativement sûre. Les entreprises de médias dans cette entité autonome, située au nord de l’Iraq, ont également une plus longue tradition d’indépendance que le reste du pays. Toutefois, diriger un journal au Kurdistan reste un défi, caractérisé par des problèmes similaires à ceux rencontrés dans d’autres régions iraquiennes, ou d’autres parties du monde où les médias sont sous pression. APN s’est entretenu avec Ahmed Mufti, le directeur général du journal bihebdomadaire Awene. Etabli en décembre 2005, Awene vend au total 17 000 exemplaires, répartis entre ses éditions politique, sociale et sportive. Le journal emploie 36 personnes et possède actuellement une succursale. Le conseil d’administration du journal est très diversifié, avec des avocats, des médecins et des intellectuels, qui sont également actionnaires du titre.

APN : En quoi la scène des médias au Kurdistan est-elle différente de celle des autres régions iraquiennes (Bagdad en particulier) ?
Mufti : La communauté kurde a trois avantages par rapport au reste de l’Iraq. Tout d’abord, le Kurdistan est une région sûre. Deuxièmement, les médias kurdes ont une tradition plus ancienne de la démocratie et de la société civile que le reste du pays. Enfin, nous avons davantage de contacts avec les communautés extérieures, en particulier les pays occidentaux, qui jouissent généralement d’une plus grande liberté de presse. Si l’on tient compte de ces trois facteurs, les médias du Kurdistan ont de meilleures conditions de travail, notamment plus d’interactivité, avec la société civile.

APN : A quels types de problèmes les journaux du Kurdistan sont-ils confrontés aujourd’hui ?
Mufti : Il y a deux sortes de journaux au Kurdistan : d’un côté ceux qui appartiennent au gouvernement et qui sont politisés, de l’autres les journaux indépendants. Les premiers ne connaissent pas de grosses difficultés, puisque leurs propriétaires leur fournissent tout ce dont ils ont besoin. Les journaux indépendants rencontrent, en revanche, un certain nombre de problèmes, dont l’aspect financier est le plus important. Ils doivent couvrir eux-mêmes la totalité de leurs dépenses, et augmenter constamment leur diffusion et la qualité du journal pour couvrir les frais de personnel, les coûts opérationnels, les dépenses de bureau, etc. Les problèmes logistiques sont également cruciaux. Il est difficile de distribuer le journal partout où les gens le souhaiteraient. Certaines régions ne sont pas sûres, d’autres trop isolées, et le coût de distribution reste très élevé. Il existe aussi quelques problèmes de nature juridique. Les rédacteurs en chef ne peuvent pas travailler librement, et les journalistes ne peuvent pas obtenir des informations sans rencontrer d’obstacles. Enfin, il y a la question de la formation : il n’est pas facile d’envoyer des employés en formation à l’étranger, ce qui signifie qu’ils doivent apprendre la profession eux-mêmes.

newsroom.jpg APN : A un niveau plus pratique, quels obstacles les journaux du Kurdistan rencontrent-ils ?
Mufti : Les problèmes pratiques des journaux indépendants sont largement liés aux questions financières. Par exemple, je ne peux pas distribuer mon journal partout où je voudrais parce que je ne dispose pas du véhicule approprié, ou que je ne peux pas me permettre d’en acheter. Un autre exemple : Je ne peux pas concevoir une stratégie marketing professionnelle puisque les salaires que je verse sont trop bas pour recruter une personne ayant les compétences nécessaires. Un dernier exemple : Je ne peux pas publier de photos professionnelles dans le journal ou sur le site, parce que je ne peux pas me permettre d’acheter une caméra professionnelle. La même chose s’applique au site web du journal. Je ne peux pas créer un site professionnel car je n’ai pas les moyens de le faire.

APN : Quelles sont les préoccupations des entreprises de médias au Kurdistan en matière de sécurité ?
Mufti : La sécurité n’est pas un réel problème pour les médias au Kurdistan, même s’il existe divers obstacles juridiques créés par le gouvernement local, qui ont un impact négatif sur notre fonctionnement. Par exemple, quand une entreprise de médias veut défendre une source d’information en refusant de révéler son nom, elle risque des poursuites judiciaires.

APN : Comment couvrez-vous les événements actuels en Iraq ?
Mufti : Je m’appuie sur mes correspondants aussi bien au Kurdistan qu’à Bagdad. Celui qui est basé à Bagdad couvre principalement la violence, mais aussi les questions politiques et sociales. Il est chargé à la fois d’écrire les articles et de prendre les photos pour les illustrer.

newsprint.gifAPN : Dans quelle mesure cette couverture est-elle limitée par les problèmes de sécurité, à Bagdad notamment ?
Mufti : Les endroits les plus critiques sont Kirkuk et Bagdad. Naturellement, je ne peux pas pousser mon correspondant à prendre de trop grands risques, ce qui signifie qu’il ne peut pas couvrir les régions sunnites, par exemple. Là encore, je suis limité par les contraintes financières de mes journaux : Je ne peux pas payer un salaire très élevé, nécessaire lorsqu’on couvre des zones dangereuses. Cela veut dire que la couverture reste limitée.

Le journal Awene envisage d’adopter une parution quotidienne en 2007, et l’édition en ligne du journal est déjà lancée. L’adresse URL du journal est : http://www.awene.com

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