25 Juillet 2007
 
Liberté de la Presse:
La lutte de la presse palestinienne

Nibal Thawabteh, la rédactrice en chef du mensuel Al-Hal, analyse les conditions de travail des journalistes palestiniens, qui tentent de mener à bien leur mission en l'absence de cadre sociétal et légal.

« Quiconque souhaite prendre le pouls de la liberté de presse en Palestine ces jours-ci n'a qu'à écouter les battements du coeur de nos collègues, quand les véhicules d'Al-Jazeera sont pulvérisés, quand des inconnus ou des membres armés du Fatah ou du Hamas pénètrent dans nos bureaux.
« Pourquoi nos journalistes sont-ils agressés, insultés et menacés ? m'a demandé une jeune étudiante en médias et communication. J'ai peur. »
« Ne craignez rien, lui ai-je répondu, mais vous devez décider si vous souhaitez épouser cette cause. Nous sommes tous des combattants. Et en temps de guerre, il n'y a que deux options : la victoire ou la défaite - et mourir pour un principe en lequel on croit est en quelque sorte une victoire. »
Je veux essayer de donner aujourd'hui quelques exemples pour mieux répondre à la question de la future journaliste.
Tous ceux qui travaillent dans les médias pensent qu'une presse responsable devrait avoir un rôle de supervision - raison pour laquelle on parle de quatrième pouvoir. Mais que faire quand il n'existe ni premier, ni deuxième, ni troisième pouvoir ? Un quatrième pouvoir peut-il exister tout de même ? Peut-être devrions-nous entamer un compte à rebours jusqu'à ce que nos conditions de travail s'améliorent. Peut-être que si nous commencions à travailler à l'établissement d'un quatrième pouvoir, alors cela nous conduirait vers un troisième, puis un deuxième puis un premier pouvoir. Il existe un certain nombre de pays dans lesquels les médias ont contribué à la construction des piliers de l'état.
Cependant, la liberté de la presse a besoin d'un pouvoir judiciaire indépendant qui puisse sanctionner les violations perpétrées par le gouvernement, par des personnes ou des groupes de personnes. Par exemple, en avril 2005, le journal al-Hal (« Maintenant » en arabe) a publié en première page un sujet sur « Al Zawag Alaorfy » en Palestine (un mariage non-officiel dans lequel la femme n'a aucun droit légal, fréquent dans la région). Le sujet était illustré par des photos de Basma, une femme ayant contracté un mariage de ce type, et de ses trois enfants qui n'avaient du coup pas pu obtenir de certificat de naissance.  Après la parution de l'article, la cour s'est emparée du problème et, même si cela a pris trois mois, elle a reçu une carte d'identité avec les noms de son mari et de ses trois enfants. Ce cas incite à l'optimisme. Nous avons une grande capacité d'influence sur des problèmes d'importance. Cet article a conduit de nombreuses autres Basma à ouvrir leur coeur et à parler des injustices dont elles avaient souffert. C'est plus que suffisant pour nous.
Un environnement médiatique libre nécessite aussi une véritable culture démocratique qui le nourrisse et le soutienne, une culture démocratique tant populaire qu'officielle qui reconnaisse la légitimité des différences de point de vue, des approches journalistiques et des analyses présentées aux lecteurs.
Lorsque, pour la première fois dans l'histoire de la presse palestinienne, al-Hal a écrit sur le lesbianisme le 1er juin 2005, le monde a été bouleversé et n'a jamais repris sa forme initiale. Comment avons-nous osé écrire sur un sujet aussi controversé ? Le retour de bâton a été violent même si de nombreux lecteurs nous ont contacté pour nous remercier d'avoir abordé ce grand tabou de la société palestinienne.
Tout le monde pense qu'une presse libre doit être responsable, constructive et impartiale, de façon à accomplir sa mission au mieux de ses capacités. Bien des professionnels des médias croient en la démocratie, le pluralisme, l'intégrité et l'impartialité, mais ne possèdent pas les compétences nécessaires pour promouvoir ces valeurs et les mettre en pratique dans leur travail quotidien.
Je ne sais pas de quel côté pencherait la balance si nous devions mesurer le poids de nos réussites et celui de nos échecs. Je suis sûre, cependant que nous sommes suffisamment bien armés pour essayer de faire pencher la balance du côté des réussites

Nibal Thawabteh est rédactrice en chef du mensuel palestinien Al-Hal. Elle est aussi coordinatrice d'unité TV à l'université de Birzeit et auteure de nouvelles.