17 Juillet 2007
 
Liberté de la Presse:
La Syrie badine avec le porno mais pas la politique

La cyber-censure serait en recrudescence en Syrie selon un article publié sur le site d'informations Ya Libnan. En dressant des obstacles tant financiers que techniques aux Internautes mais aussi en bloquant l'accès aux blogs et sites qu'elles jugent subversifs, les autorités intensifient leur répression contre la liberté d'expression.

« La Syrie a renforcé sa censure pourtant déjà très sévère de l'Internet, bloquant l'accès à bon nombre de sites Web critiquant le régime, dont certains appartenant à de grands quotidiens », affirme un groupe de défense des droits de l'homme.

La censure politique et pornographique sont monnaie courante dans la plupart des pays arabes, où l'ignorance est considérée comme la félicité suprême.

Beaucoup de Syriens espéraient que Bashar al-Asad, qui a succédé à son père à la présidence en juillet 2000, ferait souffler un vent d'ouverture sur la Syrie et l'Internet syrien. Dans son discours d'inauguration, il évoquait la nécessité d'une « pensée créative », « le besoin désespéré de critique constructive », de « transparence » et de « démocratie ».

Aujourd'hui, le gouvernement syrien utilise un arsenal de lois répressives et de mesures extra juridiques pour priver les Syriens de leur droit d'accéder à et de diffuser librement des informations en ligne. Les pouvoirs publics censurent l'Internet, tout comme le reste des médias, en toute impunité. Ils contrôlent la correspondance écrite et électronique sans hésiter à manier les ciseaux d'Anastasie. Le gouvernement a emprisonné des gens qui ont exprimé leur opinion ou diffusé des informations en ligne, ou simplement transférer des blagues par courriel. Les blogueurs syriens comme les activistes des droits de l'homme ont confié à Human Rights Watch que des agents de surveillance en civil surveillaient de près les cafés Internet.

« Aujourd'hui, l'Internet est la seule façon pour les intellectuels de se rencontrer et de partager des idées en Syrie», explique Aktham Na`issa, président du Comité pour la défense des libertés démocratiques et des droits de l'homme en Syrie.

En décembre 2000, peu de temps après que le gouvernement syrien ait autorisé pour la première fois les courriels, la femme d'un important homme d'affaires syrien a reçu un courriel avec une caricature représentant un âne ayant la tête du président Bashar al-Asad en train de monter un autre âne ayant la tête du premier ministre libanais Emile Lahoud.

Cette dame, qui habitait Damas, a transféré le message à ses amis.

Après avoir été dénoncée par l'un des destinataires, elle a été arrêté et gardée en détention pendant neuf mois sans aucun chef d'accusation dans des conditions qualifiées de « délibérément dégradantes ».

« Parmi les sites bloqués en Syrie, figurent celui du quotidien panarabe saoudien Asharq Al-Awsat, Al-Mustaqbal (le Futur) dirigé par la famille de Rafiq Hariri, l'ancien premier ministre libanais assassiné », affirme l'Organisation nationale pour les droits de l'homme en Syrie. (le Moyen-Orient) et le journal de Beyrouth.

Hotmail, la célèbre messagerie, est également bloqué depuis le 17 juillet 2006, affirme l'organe de surveillance.

« En Syrie, la liberté régresse sur Internet depuis que les autorités ont bloqué l'accès à un grand nombre de sites Web indépendants », estime l'organisation.

En novembre 2005, Reporters Sans Frontières a inscrit la Syrie sur sa liste des 15 ennemis de l'Internet dans le monde.

La Syrie figure parmi les pays les plus répressifs en matière de liberté d'expression et de diffusion de l'information. Les critiques du Président ainsi que les reportages sur les problèmes des minorités religieuses et ethniques en Syrie constituent des sujets particulièrement sensibles. Les organisations des droits de l'homme ont largement fait écho aux arrestations et détentions politiques. 

Avec un taux d'alphabétisation de 80 %, le principal obstacle à l'accès à la toile en Syrie demeure son coût. Seul 4,2 % de la population détient un ordinateur, et 1% seulement de la population syrienne est abonnée à un fournisseur d'accès Internet. La prolifération des cyber-cafés a permis de faire passer le taux de pénétration d'Internet à environ 6 %, mais pour beaucoup de Syriens, ces cafés sont encore trop chers.

Au cours des dernières années, le gouvernement s'est efforcé d'étendre l'accès au web en équipant les écoles, en subventionnant l'achat d'ordinateurs personnels et, plus récemment, en favorisant la concurrence entre les fournisseurs d'accès Internet (FAIs).

Quatre FAIs ne sont ni détenus ni financés par le gouvernement. Pourtant, les deux fournisseurs publics, à savoir Syria Telecommunication Establishment (STE) et SCS-net (maintenant Aloola), concentrent encore la plus grosse part du marché. Aya, l'un des FAI privés, entretient d'étroites relations avec le gouvernement.

En plus d'assurer le contrôle réglementaire des FAIs, le gouvernement syrien impose des contraintes financières et techniques aux internautes. Ceux qui souhaitent utiliser d'autres ports que le port 80, le plus utilisé pour la navigation Internet, doivent faire une demande de service spécial et payer une redevance mensuelle. Aya et d'autres FAIs proposent des solutions permettant aux utilisateurs d'accéder à l'Internet par le biais d'une adresse IP fixe, nécessaire pour héberger des sites, utiliser les Virtual Private Networks et pour contourner le serveur proxy du FAI. Ils peuvent également payer un montage spécial qui leur permet d'ouvrir des ports normalement bloqués, tels que ceux utilisés pour le protocole Voix sur IP (VoIP) et le chat vidéo.

Les internautes Syriens expliquent cependant qu'ils disposent d'un autre moyen pour contourner les contrôles du gouvernement syrien sur le web. Dans de nombreux cyber-cafés, ils peuvent demander à utiliser le « serveur libanais », c'est-à-dire une connexion via un appel téléphonique longue distance à un FAI libanais non soumis aux restrictions syriennes, sans surcoût. En effet, avant l'ouverture officielle du pays à l'Internet, les Syriens se connectaient par le biais de FAI libanais et jordaniens. S'ils se font prendre, ceux qui utilisent des FAI des pays voisins risquent des amendes et la coupure de leur ligne téléphonique ; cette pratique reste toutefois très répandue.

« Ce que je veux te dire, mon ami, c'est que toi et tes amis êtes constamment surveillés. Ils te surveillent quand tu marches dans la rue tous les jours. Ils te surveillent quand tu parles sur ton téléphone fixe, sur ton mobile, et sur l'Internet. Ne sois pas trop surpris s'ils te surveillent également pendant ton sommeil, dans tes rêves comme dans tes silences. Ne sois pas surpris s'ils sont dans ton lit la nuit. » -Courriel d'un activiste syrien anonyme pour les droits de l'homme en 2005. 

Contradiction avec la constitution

La Constitution de la République arabe de Syrie offre à chaque citoyen « le droit d'exprimer librement et ouvertement ses opinions à l'oral, à l'écrit, et par tout autre moyen d'expression », tout en garantissant également « la liberté de la presse, de l'édition et des publications conformes à la loi ». Dans la réalité, ces libertés sont limitées par d'autres dispositions législatives. L'article 4.b de la loi d'urgence de 1963 autorise le gouvernement à contrôler toutes les publications et les communications. Cette loi permet également au gouvernement d'arrêter ceux qui commettent « des crimes qui représentent un risque général » ou d'autres délits aux définitions très vagues.

Deux sites Web kurdes, tirej.net et amude.net, ont été bloqués, ainsi que le site Web du Comité des États-Unis pour un Liban libre (freelebanon.org), qui fait campagne pour mettre un terme à l'ingérence syrienne dans la politique libanaise. Les sites arabes et anglais du Parti réformiste de Syrie ont été filtrés, ainsi que les sites Web de Hizb al-Tahrir (Parti de la Libération), un groupe islamiste qui cherche à restaurer le califat et demeure interdit dans de nombreux pays.

Des tests de l'OpenNet Initiative ont découvert que 115 blogs syriens hébergés sur blogspot.com, le populaire moteur de blogs de Google, étaient bloqués, amenant à penser que le FAI avait bloqué l'accès à tous les blogs hébergés sur ce service, parmi lesquels beaucoup de blogs apolitiques. Freesyria.wordpress.com, un blog créé pour demander la libération de Michel Kilo, célèbre journaliste syrien emprisonné pour ses écrits, est également inaccessible. 

Par le passé, la Syrie avait déjà filtré l'accès à des sites populaires de messagerie.

Les tests de l'OpenNet Initiative ont découvert que www.hotmail.com était bloqué, ainsi que deux autres petits sites de ce type : address.com et netaddress.com.

Aucun des sites de messagerie en langue arabe testés par l'ONI n'était bloqué, mais le site d'hébergement en langue arabe www.khayma.com n'était pas disponible.

Alors que la plupart des sites d'informations étrangères étaient accessibles, les sites Web de quelques-uns des plus importants journaux arabes et portails d'informations étaient bloqués.

On peut citer à titre d'exemple les journaux panarabes basés à Londres en langue arabe tels que Al-Quds al-Arabi (www.al-quds.co.uk) et Al-Sharq al-Awsat, (www.alsharqalawsat.com), le portail d'informations elaph.com, le quotidien koweitien Al Seyassah (www.alseyassah.com), le site Web basé aux Etats-Unis de Arab Times (www.arabtimes.com), et le portail d'informations à tendance islamique Islam Online (islamonline.net). Ces sites publient souvent des articles critiques vis-à-vis du gouvernement syrien.

Les sites Web des organisations de lutte pour les droits de l'homme étaient généralement accessibles à l'exception de ceux du Comité pour les droits de l'homme en Syrie (SHRC) basé à Londres. Lors des tests, toutes les URLs du domaine www.shrc.org.uk étaient bloquées. Certains blogs qui critiquaient les atteintes aux droits de l'homme en Syrie étaient également bloqués. 

Le site wired.com est également bloqué, pour des raisons mystérieuses.

Seuls trois des sites à contenu pornographique testés étaient bloqués : playboy.com, sex.com, et netarabic.com/vb (ce dernier est en fait un système de messagerie pornographique).

Les sites destinés aux homosexuel(le)s, bisexuels et transsexuels étaient généralement accessibles.

Même si la connectivité Internet du Liban laisse beaucoup à désirer, nous bénéficions au moins du libre accès à l'information, un droit dont tous les citoyens arabes devraient jouir.

Source : http://yalibnan.com/site/archives/2007/07/syria_soft_on_p.php