05 Juillet 2007
 
Liberté de la Presse:
Des Médias Syriens plus Critiques

Pour la première fois, la couverture médiatique des élections a fait l'objet d'une observation en Syrie. C'était à l'occasion du scrutin législatif d'avril dernier. Malgré un climat politique plutôt répressif, quelques signes de changements positifs se manifestent à Damas.

Vingt médias syriens ont fait l'objet d'un suivi de la part du Centre syrien pour les médias et la liberté d'expression (Syrian Center for Media and Freedom of Expression ou SCM) en collaboration avec l'organisation danoise IMS (International Media Support) lors des secondes élections législatives du pays depuis l'arrivée au pouvoir du président Bachar el-Assad, qui se sont déroulées en avril 2007.

L'opposition a boycotté et dénoncé ces élections comme antidémocratiques. Elles ne portaient que sur un tiers des 250 sièges parlementaires. Les 167 autres étaient réservés au Front National Progressiste (FNP), une coalition de plusieurs formations politiques conduite par le Baas, qui gouverne le pays d'une main de fer depuis 1972.

Néanmoins, le scrutin syrien mérite notre attention. « Dès le début de la campagne électorale, les médias privés et gouvernementaux se sont montrés très critiques par rapport aux candidats à leurs programmes, à leurs slogans et aux tactiques adoptées pour gagner des voix », écrit Dr Marwan Kabalan, chargé de cours à la Faculté de Sciences politiques et des médias de Damas, dans le quotidien émirati Gulf News. Dans son éditorial, Kabalan estime que ce ton critique est porteur d'un changement potentiel majeur dans la politique syrienne. Un signe supplémentaire de l'évolution de la situation est le suivi de la couverture médiatique opéré pendant les élections.

« C'est la première fois qu'un tel suivi est effectué ouvertement, au vu et au su des autorités », a déclaré à APN Mazen Darwich, directeur du Centre syrien pour les médias et la liberté d'expression.

Parmi les journaux contrôlés figurent des quotidiens gouvernementaux tels que Al-Thawra, des journaux privés comme Al-Watan, Abiad & Aswad, Al-Iktisadiyah, ou Boka'at Daw, des chaînes de télévision et des stations de radio publiques ainsi que des sites web indépendants, qui jouent un rôle de plus en plus important en Syrie. La création de journaux privés est très récente en Syrie ; les premiers sont apparus il y a environ cinq ans.

« Ces titres privés méritent toute notre attention et notre soutien. Il faut les aider car ils abordent des sujets comme le droit à la liberté d'expression, totalement ignoré par le passé », explique Darwich.

L'hebdomadaire Abiad & Aswad a reçu un prix du SCM le récompensant pour sa couverture des élections.

« Nous avons décidé de primer ce journal parce qu'il a offert un espace aux dissidents syriens et a assuré une couverture juste des élections », affirme Darwich.

Au total, 16 017 articles et reportages ont été suivis en vue de vérifier leur conformité avec les normes internationales en matière de couverture électorale. Les conclusions sont les suivantes :

Les médias gouvernementaux n'ont accordé aucun espace aux candidats indépendants, contrairement aux publications en ligne où ils ont suscité une plus grande attention.

Certains médias privés en ligne n'ont pas respecté la période de silence et ont diffusé des spots pour des candidats indépendants pendant les deux jours précédant le scrutin.

Certains candidats gouvernementaux ont utilisé leur fonction à des fins électorales.

Les groupes et les personnes ayant boycotté les élections étaient absents de la scène médiatique. Ils ont été totalement ignorés par tous les supports publics et par la quasi-totalité des médias privés.

Une note positive, les médias, tant publics que privés, se sont efforcés d'éveiller la conscience électorale, de définir les droits électoraux des citoyens et d'expliquer les règles en matière d'élections.

Faut-il donc se réjouir de la volonté du gouvernement syrien d'entendre des opinions différentes ?

« Dans son rapport, le Centre syrien pour les médias et la liberté d'expression s'est montré très critique envers les médias gouvernementaux. Je pense toutefois que l'attitude des autorités syriennes envers les opinions critiques et dissidentes dans le pays s'améliore doucement. Le Ministre syrien de l'Information a demandé le rapport et invité ses auteurs à débattre afin  "d'améliorer l'objectivité des médias syriens". C'était encore inimaginable il y a quelques années », commente Osama Al-Habahbe, Directeur de Programme à l'IMS.

Quant à Darwich, il ne souhaite pas se montrer trop optimiste. « Seules de petites choses changent, alors qu'il reste tant à faire. Certains journalistes, tels que Michel Kilo, sont encore en prison pour avoir exprimé leur opinion », regrette-t-il.