19 Juin 2007
 
Liberté de la Presse:
Tunisie : la libre parole étouffée

Les plus optimistes ont eu envie de croire que l'élection de la militante tunisienne Souhayr Belhassen le 26 avril 2007 à la tête de la Fédération Internationale des ligues des Droits de l'Homme (FIDH) profiterait indéniablement à la liberté d'expression dans son pays.it

Elle-même (voir interview accordée à APN http://www.cctvua.com/articles.php?id=1138〈=fr) a voulu voir dans la récente tenue du congrès de la Ligue tunisienne des droits de l'homme, à l'occasion de son 30ème anniversaire, un signal positif... surtout que toute réunion lui était interdite depuis plus de quatre ans.
Cette faible lueur d'espoir n'a pas fait long feu. Depuis le 18 mai 2007, l'immeuble où siège le CNLT (Conseil National pour les Libertés en Tunisie) est encerclé nuit et jour par un important dispositifs d'agents de la police qui en interdisent l'accès tant aux membres du CNLT qu'aux journalistes de Kalima qui partagent les mêmes locaux.
Ci-dessous un communique commun de la société civile tunisienne dénonçant l'étouffement des libertés et la féroce répression qui s'abat sur ceux qui osent protester. Et bientôt sur APN, un entretien avec Omar Mestiri, directeur de publication de Kalima, où ce militant de la liberté d'expression nous livre son point de vue sur la situation en Tunisie.

Communiqué commun de la société civile tunisienne

Le 6 juin 2007, une délégation de représentants de la société civile a tenté de se rendre au bureau du CNLT qu'il partage avec le journal Kalima, pour une visite de solidarité. Elle comprenait entre autres le président de la LTDH, maître Mokhtar Trifi, le président de la section de Bizerte de la LTDH, Ali Ben Salem, ainsi que deux autres membres du bureau, Abdeljabbar Maddahi et Mohamed Ben Said ; le représentant de l'Association de lutte contre la torture, maître Mondher Cherni ; les dirigeants du FDTL, Dr Khelil Ezzaouia et Zakia Dhifaoui ; les journalistes Lotfi Hajji, Mahmoud Dhaouadi, Slim Boukhdhir et Sahbi Smara. Ils étaient également accompagnés de membres dirigeants du CNLT.
Mais un nombre impressionnant de policiers en civil leur ont fait barrage au niveau de l'avenue de la liberté, les empêchant d'accéder à la rue où se trouve le local du CNLT, malgré leurs vives protestations contre cette violation de leur liberté de circulation et de leur droit de rendre visite à leurs collègues.
Depuis le 18 mai 2007, l'immeuble où se trouve le local du CNLT est encerclé jour et nuit par un important dispositif d'agents de la police politique qui interdisent  aux membres du CNLT ainsi qu'aux journalistes de Kalima l'accès à leur bureau. Ils les ont, durant cette période, expulsés par la force de l'intérieur de l'immeuble, et vont jusqu'à leur interdire de passer par les rues attenantes à l'immeuble. Ils leur ont également interdit de s'attabler dans des cafés environnants et menacés de violences s'ils n'obtempéraient pas. A aucun moment ces agents n'ont accepté de faire état de leur qualité ou de produire un document légal justifiant leurs actes, malgré les demandes réitérées.
 Ces événements se produisent dans un contexte général d'étouffement des libertés et de répression particulièrement féroce des activités de la société civile marqué par :
o    L'obstruction systématique des activités ordinaires de la LTDH et la fermeture des locaux de ses sections régionales de façon totalement arbitraire ;
o    L'interdiction de l'usage des espaces publics et la surveillance policière du local de l'ATFD ;
o    Le déni d'accès à la justice aux membres élus de l'Association des magistrats tunisiens pour résoudre leur contentieux avec la clique putschiste qui a été imposée par  le ministère de la Justice. Ils  sont aujourd'hui privés du droit de s'organiser de façon indépendante;
o    Les obstacles mis devant la section tunisienne d'Amnesty international pour tenir son AG annuelle à la fin du mois de juin par l'annulation injustifiée du contrat de location d'une salle à l'hôtel Amilcar.
o    L'interdiction faite le 1er juin aux membres de l'AISPP d'accéder à leur local encerclé par un important dispositif policier.
o    Le barrage policier établi le 2 juin sur toutes les routes menant à Gaafour (120 km de Tunis) en vue d'empêcher les représentants de la société civile de se rendre au cimetière où est enterré Nabil Barakati, à l'occasion de la commémoration annuelle de sa mort sous la torture.
o    Les agressions physiques répétées par la police contre le journaliste Slim Boukhdhir
o    L'usage de la violence contre Abderrahman Hedhili, membre du bureau directeur de la LTDH ainsi que Mongi Ben Salah, membre du CNLT, le 9 juin par le chef du district de la police de Monastir, au moment où ils se rendaient à une réunion de solidarité avec des syndicalistes en grève.
o    La prolongation arbitraire de 26 mois supplémentaires de la mesure de bannissement prise à l'encontre du journaliste Abdallah Zouari, maintenu en détention administrative depuis cinq ans à Zarzis.

Les ONG soussignées, tout en exprimant au CNLT leur entière solidarité pour les persécutions dont font l'objet ses militants,
o    Exigent des autorités publiques la levée du siège sur les bureaux du CNLT et de Kalima et le respect du droit du CNLT à l'activité légale, de même que toutes les ONG qui sont privées de ce droit.
o  Demandent aux autorités publiques de lever tous les obstacles dressés contre les activités de la société civile indépendante et de cesser les harcèlements des défenseurs, des journalistes et des juges.

➢    Ligue tunisienne de défense des droits de l'homme (LTDH)
➢    Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD )
➢    Association tunisienne contre la torture (ALT)
➢    Association Internationale de soutien aux prisonniers politiques (AISPP)
➢    Centre pour l'indépendance de la justice de Tunis (CIJT)
➢    Observatoire pour la liberté de presse, d'édition et de création (OLPEC)

Pour de plus amples informations, vous pouvez aussi consulter le site de Kalima
http://www.kalimatunisie.com/article.php?id=568