18 Mai 2007
 
Conférences et Séminaires:
Le programme NIE s'implante au Liban

Début mai, un atelier a réuni des enseignants et des journalistes libanais autour de l'usage de la presse à l'école en tant qu'outil d'apprentissage. Cet atelier fait partie du programme Newspapers in Education (NIE), un programme de l'AMJ.

Un reportage de Mildrade Cherfils

Beyrouth, Liban - Certains enseignants se montraient sceptiques au premier abord.  Ils se demandaient comment au Liban, un pays en quête d'unité, les parents accueilleraient la presse en classe, notamment les titres présentant des points de vue divergents, comme outil pédagogique mis à la disposition de leurs enfants.

Mais à l'écoute de Roxana Morduchowicz, formatrice argentine, décrivant comment la lecture de journaux divers peut élargir les horizons des élèves sur le monde ou le rôle social que joue la presse dans nos décisions importantes, leur scepticisme s'est dissipé. La presse est plus qu'un simple outil politique.

Mme Morduchowicz a dirigé les deux douzaines d'enseignants du public et du privé et les deux journalistes au cours d'une série d'exercices destinés à les familiariser avec l'utilisation de divers journaux en classe pour aider les élèves à apprendre, à interpréter et analyser les informations afin de mieux former leur opinion et devenir des citoyens engagés.

« C'est un travail important pour l'enseignant que de sensibiliser ses élèves aux différentes sources d'information », a expliqué Mme Morduchowicz, qui, dans son pays, dirige un programme d'intégration des médias dans l'enseignement. « Le coeur de ce programme repose sur le pluralisme. »

L'atelier, qui a duré deux jours et s'est déroulé début mai, était abrité par An-Nahar, le principal quotidien du pays. Il s'est tenu dans le cadre du projet de développement du NIE de l'AMJ, projet soutenu par le papetier norvégien Norske Skog. Heureuse coïncidence, l'atelier a débuté la veille de la Journée mondiale de la liberté de presse, qui commémore les journalistes assassinés, tels feu le rédacteur en chef d'An-Nahar, Gebran Tueni, qui, avant son assassinat, avait exprimé le souhait de voir le programme NIE implanté au Liban avec le soutien de son journal.

À travers divers exercices proposés aux participants, Mme Morduchowicz leur a montré combien les jeunes sont déjà bombardés d'informations et combien l'école est le lieu de prédilection pour les aider à intégrer cette surcharge d'informations afin de lui donner un sens tout en développant les outils nécessaires à leur esprit critique.

Les exercices portaient sur différents thèmes: le choix d'un sujet par les participants, la discussion d'un événement du quotidien qui pourrait se prêter à un travail journalistique en passant par l'écriture d'un court article à partir de plusieurs faits. Cette tâche, que les enseignants peuvent reproduire en classe, fut à l'origine du plus vif des débats du séminaire, chaque participant ayant choisi un thème différent pour son article, illustrant ainsi les décisions éditoriales que les journaux prennent au quotidien.

Outre le soutien d'An-Nahar, le programme NIE au Liban bénéficie également de la collaboration de L'Orient Le Jour, le seul quotidien francophone du pays, et du quotidien Al-Hayat. Une fois la logistique mise en place, les trois journaux seront livrés sur demande à certains établissements pilotes pour être utilisés en classe.

L'atelier destiné aux enseignants était la suite logique de réunions tenues précédemment et fait partie d'une importante démarche visant à familiariser les éditeurs libanais et autres directeurs de presse avec ce projet. Aralynn McMane, la directrice du Young Readership Development pour l'AMJ et Margaret Boribon, secrétaire générale de l'Association des journaux belges ont rencontré les principaux acteurs pour leur décrire les avantages du programme NIE et son potentiel. Par exemple, « L'Éducation aux médias », le nom du programme en Belgique, s'est développé de manière exponentielle depuis ses débuts en 1994 et bénéficie du soutien du gouvernement et de la coopération de tous les titres du pays.

« Il aura fallu 12 années d'évolution pour en arriver là » explique Mme Boribon à propos du programme belge, pour encourager les responsables libanais à procéder par étapes au lieu de se laisser dépasser par les événements dans le but d'obtenir rapidement des résultats. Mme Boribon a également mis l'accent sur l'importance d'une implication précoce des journaux dans le processus pour garantir le succès du programme.

« Dans de nombreux pays, le programme NIE représente la première occasion pour certains journaux locaux de coopérer » poursuit Mme McMane, relevant au passage que ce genre de coopération démontre la force d'un tel programme.

Le lancement du projet et la cérémonie d'ouverture ont attiré une grande attention médiatique. Le ministre de l'éducation libanais, le ministre de l'information et le député parlementaire Bahia Hariri, soeur de l'ancien Premier ministre Rafik Hariri, assassiné dans un attentat à l'explosif, figurent parmi ceux qui se sont adressés à un parterre principalement composé d'enseignants et de journalistes. Nayla Tueni, actuellement aux commandes d'
An-Nahar, a exprimé sa gratitude envers le projet et les journaux qui le soutiennent.

Dans son discours, Mme McMane a félicité les enseignants qui ont pris le temps de venir, délaissant un moment leur classe, vu leur importance cruciale dans le processus, comme elle le leur a expliqué.

« Les élèves qui utilisent la presse en classe obtiennent de meilleurs résultats scolaires que les autres » a-t-elle ajouté. « Les élèves confrontés à la presse en classe développent des valeurs de civisme, la capacité et le désir de participer plus rapidement et plus profondément à la société que ceux qui ne le sont pas. »

Les enseignants qui participaient à l'atelier ont pris le message à coeur.

« Nous devons participer à la formation de citoyens mondiaux et non pas de citoyens tribaux » expliquait l'enseignante Yolande Georginou, faisant référence à la tendance générale qui pousse à la loyauté envers un groupe bien spécifique.

Gaby Melki, directrice d'établissement, a insisté sur l'aspect pratique de la mise en oeuvre du programme NIE. « C'est une approche unique » nous a-t-elle confié. « J'espère que l'initiative portera ses fruits.  C'est un projet que nous devons faire connaître à d'autres », a-t-elle poursuivi, exprimant ainsi son désir de retourner dans son établissement y planter cette graine.