11 Mai 2007
 
Nouvelles du Monde des Médias:
RSF publie un rapport sur la couverture du Soudan par les médias

Alors que la guerre civile survenue dans la région du Darfour au Soudan est considérée par certains comme "un des pires cauchemars dans l'histoire récente" , l'attention du monde s'est portée sur la crise humanitaire actuelle que traverse le pays.  Pourtant, au milieu de la tourmente et de la tragédie qui frappent le Soudan, un nouveau rapport de Reporters Sans Frontières (RSF), décrivant une presse active et diverse, apporte une nouvelle perspective sur la situation complexe du pays.  

Du 17 au 22 mars, RSF a envoyé une équipe à Khartoum et à El-Fasher pour rencontrer les acteurs oubliés du Soudan afin "d'apporter un supplément d'information au débat international sur la tragédie que les peuples du Soudan occidental ont enduré."  Dans un rapport intitulé Le Darfour : enquête sur les acteurs oubliés d'une crise, l'équipe de RSF affirme que la presse soudanaise, à l'image de la société soudanaise, est à la fois active et diverse.  
Selon ce rapport, l'équipe a pu parler aux membres d'une véritable société civile, une société qui est consciente de la tragédie qui se déroule sous ses yeux et des défis auxquels elle doit faire face.   
Le rapport stipule que "la presse publiée à Khartoum est également très diverse et reflète les voix des militants soudanais des droits de l'homme, des chercheurs universitaires et d'autres acteurs de la société civile, les voix qui peinent à se faire entendre à l'extérieur du Soudan." 
L'équipe de RSF a critiqué l'image que les médias donne actuellement du Soudan.  
"Le Soudan n'est pas une terre de massacres, une terra incognita dans laquelle le premier génocide du 21ème siècle se déroulerait au Darfour, à l'abri des regards, sans témoins étrangers pour en rendre compte et de voix soudanaises pour le dénoncer", souligne ce rapport. "La réalité est beaucoup plus complexe et souvent contradictoire."  
Comme beaucoup de conflits armés dans le monde, la crise du Darfour pose des problèmes de couverture complexes aux médias tant nationaux qu'internationaux.  En réponse aux problèmes au Soudan, le rapport de RSF explique que "ces problèmes intrinsèques, multiplicité de factions armées, absence de 'ligne de front' et de distinction entre combattants et civils, hostilité naturelle du terrain, sont à dessein multipliés par la "clôture bureaucratique" que les autorités de Khartoum ont érigée autour de la zone de conflit pour tenter de réguler et d'influencer le travail des journalistes."  
Selon RSF, les difficultés soulignées par ce rapport expliquent pourquoi le Soudan est considéré comme un pays fermé au monde, un pays où tous les massacres seraient possibles à huis clos, remarque l'association. 
"Les médias internationaux réagissent à ces obstructions en abordant la couverture du Darfour dans un esprit de 'résistance' à un gouvernement perçu comme 'hostile,'" conclut le rapport. En couvrant les pires atrocités, les journalistes étrangers offrent parfois une image détournée, exclusivement focalisée sur la souffrance au Darfour, sans tenir compte des causes historiques de la crise ou des solutions proposées par la société civile soudanaise, dont l'existence, la diversité et l'engagement sont ignorés par la plupart d'entre eux."  
Dans les conclusions de son rapport, RSF recommande au gouvernement soudanais "de prendre toutes les mesures nécessaires pour ouvrir le pays à la presse étrangère et pour renforcer la liberté d'action d'une société civile dynamique ; aux organisations internationales de prendre en compte les réalités locales, en soutenant par dessus tout la société civile, et de remanier leur politique de communication ; et aux médias internationaux de ne pas négliger les "acteurs oubliés" de la crise, afin de présenter le Soudan dans toute sa diversité et de l'aider à résoudre ses contradictions internes."